Peut-on critiquer le gouvernement israélien sans se faire taxer d'antisémite ?

 

Une amie de longue date exerçant des responsabilités de fonctionnaire européen animait  lors d’un repas amical chez elle avec des amis de différentes origines, des conversations d’actualité.

La conversation glissa sur la politique de l’époque du gouvernement d’Ariel Sharon et notre hôte nous interdit  alors de formuler à sa table une quelconque critique du gouvernement israélien de l’époque car selon elle, une critique pouvait affaiblir Israël, renforcer les opposants de toutes nationalités et raviver les séquelles ou susciter des formes nouvelles de shoah.

Comme d’autres convives, je considérais qu’une opinion critique de comportements ponctuels d’un gouvernement ne signifiait en aucune manière une volonté de nuire à son peuple, au contraire, cela pouvait enrichir un débat démocratique. Une vision de l’avenir, fut-elle différente de celle de l’actuel gouvernement, devrait avoir sa place dans le dialogue nécessaire sur un tel conflit.

Je pouvais comprendre que des responsables politiques craignent pour des raisons électorales, des critiques publiques  de leur action, mais comment accepter le refus, à mon sens contreproductif, d’entendre des idées qui pourraient s’avérer fructueuses dans un avenir en construction ?

                                                                                                                                         

Les convives furent priés de se taire sur de tels sujets ou de quitter la table.

 

Cette volonté d’assimiler toute critique d’une politique circonstancielle de certains responsables à une attaque destructrice de leur peuple, est assez répandue mais, à mon sens, contreproductive de son intérêt à long terme. Une telle volonté m’étonna de la part d’une personne compétente, ouverte aux cultures et aux problèmes géopolitiques du monde, spécialisée dans les évaluations des projets et programmes de développement, plutôt «classée à  gauche»,  et pourtant brusquement tétanisée en face de critiques ponctuelles dès lors qu’il s’agissait de la politique d’un gouvernement israélien.

 

Je n’ai aucune intention d’attaquer de manière singulière un peuple quelconque sur le plan de sa culture ou de sa religion ; je crois cependant pouvoir m’exprimer avec des amis sur le comportement politique du gouvernement que ce peuple s’est choisi.

 

Je ne vois pas pourquoi je devrais m’empêcher d’avoir un avis divergent sur les politiques de tels ou tels gouvernements ou institutions pour autant que j’avance des arguments, des faits, des propositions et que, bien sûr,  je reste ouvert à écouter toutes les objections.

 

Je suis surpris quand, au nom d’une solidarité légitime, il est refusé que soit exprimé une opinion qui irait à l’encontre d’une politique qui doit pouvoir évoluer alors qu’une censure « militante » serait de nature à figer une évolution potentielle dont on peut créditer toute démocratie.

 

L’Histoire montre pourtant que tout conflit comporte potentiellement – à plus ou moins long terme, et bon gré, mal gré, - une issue dans un dialogue où les protagonistes sont plus ou moins également frustrés, plus ou moins contraints à arrêter la violence.

 

Pourquoi ne pas prendre ses distances à l’égard de ceux qui trouvent un intérêt plus ou moins morbide et sordide à vouloir poursuivre la violence ?

 

Pourquoi ne pas pouvoir préparer AUSSI « l’après conflit », « l’après guerre », dans des conditions acceptables pour chacun, sans être qualifié de traître

Comme dans les problématiques de financement de développement économique, il est toujours fructueux de réfléchir à ce que sera « l’après financement extérieur », il serait sage dans les conflits, de réfléchir à ce que sera « l’après conflit » même si hélas, c’est au terme de plusieurs générations, surtout si on ne le prépare pas activement.

 

                                                       Joseph Chantraine   25 08 2013



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