L'avis du Président d'un des syndicats de pilote

Entretien  avec Jean-Philippe SALDUCCI, Président de l'UMF (Union Maritime et Fluviale de Marseille-Fos) ainsi que du Syndicat des Pilotes de Marseille-Fos

 

 

 

La Mairie a signé la charte ville/port, est-ce une posture où une charte à laquelle elle compte bien se tenir ?

Le maire me semble y tenir. Je peux vous assurer que les services de la mairie  travaillent véritablement avec conviction  sur le projet. Ce n'est pas un affichage. Ils savent qu'une partie de l'avenir de Marseille se joue dans la revitalisation de son port de commerce.

 

 

Que pensez-vous de l'investissement pour le transport combiné de Mourepiane ?

Pour tenter de lutter contre la baisse de trafic conteneurs à Mourepiane, les droits de port n'ont pas été augmentés à Marseille-Est pour les conteneurs,  et la station de pilotage a appliqué 15% de remise à Marseille-Est pour favoriser Mourepiane

 

 

En quoi consiste l'investissement à Mourepiane ? 

Il est prévu à Mourepiane un terminal  combiné pour conteneurs. Ce terminal fait partie du territoire portuaire, et de la main d'œuvre docker devrait donc y être intégrée. La proportion reste à déterminer. La gare de Mourepiane remplacera la gare du Canet qui va disparaître pour laisser la place à un espace urbain.  Il faut donc une autre gare.

Les conteneurs iraient directement des bateaux aux trains, ou des trains aux bateaux, sans rupture de charge   Avec un tel investissement très compétitif nous pourrions inonder notre hinterland.

 

 L'investissement s’élève à 65 millions. Il est bouclé. Il faut maintenant espérer qu’un opérateur s’intéresse sérieusement au projet.

 

Il y a aussi des oppositions quand aux nuisances occasionnées par la traversée de la zone habitée ; la voie existe à ce jour mais il y a peu de trains.

Au sud  de cette gare il faut également un terminal «modhalor» permettant le chargement rapide de remorques sur les trains.

Ce terminal aura de gros avantages : moins de camions sur les routes, récupération d'une partie du trafic des pays du Maghreb, du fait de sa situation et de sa productivité

 

 

Comment calculez-vous les emplois créés ?

100 EVP (conteneur équivalant vingt pieds) :  c'est un emploi de docker.

1000 EVP  génèrent : 1 emploi portuaire, 6  emplois dans la logistique  et 3 dans le transport.

Le port de Marseille a une situation exceptionnelle: il est quadri modal : route, fer, fleuve et pipe-line.

 

 

 

 

Quelle quantité de conteneurs pourrait-on traiter ?

Sur Marseille, il est possible de multiplier par cinq le nombre de conteneurs  sans modifier les infrastructures nautiques, c'est à dire arriver à 500 000, avec 65 millions d'euros d'investissement.

Pour fonctionner de façon durable, un port a besoin de 3 pieds :

  • la stabilité,

  • la compétitive

  • l'attractivité ; celle-ci passe par une connexion avec son hinterland.

     

    Il faut donc investir dans l’hinterland puisque nous avons les 2 premiers points.

    Les espagnols viennent de le faire.  Ils ont lancé une ligne Lyon/Madrid  à partir du 1er janvier 2015 : 42 trains par semaine dans les 2 sens.

     

    Si l'investissement prévu à Mourepiane se réalise, le quai mesurant 900m de long, on pourrait y traiter 1 million de conteneurs EVP/an ; on peut donc facilement traiter 5 à 600000  conteneurs soit 5000 emplois.

     

     

    Y  aurait-il des développements ultérieurs possibles ?

    Avec le port de Marseille-Fos, on peut concurrencer le marché des ports allemands. Pour réduire la consommation  de carburant (slow steaming) les bateaux vont moins vite. Parallèlement les taux de fret baissent, voir s'effondrent. Pourquoi rallonger la route ? Il  leur serait plus profitable de s'arrêter à Marseille plutôt que de poursuivre jusqu'à Anvers ou Rotterdam. Mais pour l'instant à Marseille-Fos, il n'y a pas d'hinterland bien connecté. Le terminal combiné de Mourepiane serait le premier maillon. Pour aller jusqu'en Allemagne, il faudrait réaliser le contournement de Lyon ; puis il faut un terminal combiné à Fos, ou plus exactement il est impératif d’avoir également à Fos un terminal combiné.

     

     

    A supposer, ce qui n'est pas le cas, que la CGT accepte un préavis de grève de 8 jours, pensez-vous que cela renforcerait la confiance dans le port de Marseille Est ?

    Ils devraient seulement  manifester dans le centre de Marseille,  pour convaincre les institutionnels et les marseillais que le port est un outil économique qui sert leurs intérêts, en faisant grève sur le port ils pénalisent les activités portuaires.

     

    Ces temps  ils ont fait 3 fois grèves de suite,  le mardi  4  février grève de 2 heures en « solidarité aux travailleurs portuaires du Portugal» (grève de tous les dockers européens), le  6 février : « Action contre la politique gouvernementale », 24 heures de grève ; et le 12  février « Problématiques spécifiques   aux  métiers portuaires », 24 heures de  grève. Le 6 et les 12  février  sont des grèves franco-françaises.

     

    Dernière question: êtes-vous favorable à une gestion locale du port ? La ville, la métropole, la Région ?  Avec la création de la métropole, la  CUM et  le SAN OUEST vont disparaître 

    Non, de telles infrastructures qui servent tout un pays et non seulement une région, doivent rester aux mains de l’Etat.

     

    La ville, NON   et  voici pourquoi.  J'ai  connu le port de Nice, chaque  fois qu'il fallait prendre une mesure qui aurait pu déplaire à ses électeurs, le maire de Nice reculait. Ceux qui auraient profité des créations  d'emploi (ouvriers et employés) habitaient dans les banlieues périphériques.´

    C'est la raison pour laquelle  je serais pour que le gestionnaire soit, à défaut de l’Etat, la région PACA , qui prendrait en compte l'intérêt général.  

    François  Escoffier  le  1er mars 2014

 

 

 

 



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