NuIt debout vu par un grand quotidien argentin

Nous vous invitons à lire cet article très intéressant, qui analyse de manirere très factuelle la situation de la France et le mouvement Nuit debout

françois Escoffier. 29 juin 2017

 

Gazette Debout
Journal indépendant de la Nuit Debout
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Nuit Debout vue dans la presse Argentine

Photo Francis Azevedo / DR
REVUE DE PRESSE – Gazette Debout lance une nouvelle rubrique : une revue de la presse étrangère, pour comprendre comment les journaux du monde entier analysent Nuit Debout. Aujourd’hui, un article paru dans Clarín, un quotidien argentin affichant un des plus grands tirages du pays.  Il appartient au grand groupe de presse du même nom et est réputé pour ses prises de positions farouchement indépendantes par rapport au pouvoir en place.

Article paru le 30 mai 2016 sous la plume de Maristella Svampa, sociologue et écrivaine.

France : état d’exception permanent

En France, malgré l’état d’urgence et la menace terroriste, c’est contre le mouvement social que se mobilisent les forces de police. Depuis le 31 mars, début des protestations massives contre la réforme du droit du travail et l’apparition du mouvement Nuit Debout, le pays vit dans un état de mobilisation permanente.

Depuis plusieurs décennies, la France traverse une crise sociale et politique, marquée par le déclin du Parti communiste et l’éloignement du Parti socialiste du monde ouvrier. Profitant du vide, le Front National a colonisé de nombreux secteurs des classes populaires, pour lesquelles le nationalisme se confond souvent avec la xénophobie. Jusqu’à présent, l’alliance des partis politiques de droite et de gauche a toujours permis d’endiguer la marée électorale d’extrême droite.

Grâce à sa forte tradition étatiste et à ses politiques publiques, la France parvient pour l’instant à contenir le mal-être social. La grande proportion de CDI dans le salariat permet également de préserver un emploi de qualité, même si en parallèle, la précarité ne fait qu’augmenter depuis le début des années 80.

De plus, l’industrie du pays est frappée de plein fouet par les délocalisations, conséquences de la globalisation économique et de la consolidation de l’UE. Recherchant une main d’œuvre moins chère et des législations moins strictes dans d’autres pays, les industries quittent la France, détruisant au passage d’innombrables sources de travail et laissant derrière elles un secteur industriel dévasté.

Ce thème des délocalisations est repris et porté par certains journalistes militants, dont l’irrévérencieux François Ruffin. Créateur de Fakir, journal au carrefour du journalisme militant et du discours de classe, Ruffin appelle de ses vœux l’union du monde ouvrier et de la petite bourgeoisie, base nécessaire selon lui à un mouvement social capable de gagner dans la rue et dans les urnes. Il est également le réalisateur du documentaire Merci Patron ! qui a secoué le pays en ce début d’année 2016.

Dans ce documentaire ingénieux, Ruffin parvient à joindre la dénonciation à l’action en accompagnant la lutte d’un couple licencié d’une usine délocalisée par M. Bernard Arnault, et en lui permettant d’obtenir gain de cause contre ce richissime homme d’affaires. Porté par le bouche-à-oreille, le film a connu un succès inattendu et reçu des critiques élogieuses.

Sans surprise, les jeunes qui affluèrent sur les places de France le 31 mars se reconnurent dans les modalités d’action, dans la critique de la gauche gouvernementale et dans le pari sur une gauche radicale de Ruffin. Le lancement de la Loi Travail n’avait fait que rendre nécessaire l’apparition de nouvelles formes d’action politique et sociale.

Si le collectif à l’initiative de la première Nuit Debout était composé de militants aguerris, le mouvement dépassa rapidement les attentes initiales et se convertit en un phénomène social et politique indépendant de grande ampleur, de type 15M ou Occupy Wall Street. Comparable aux assemblées de quartier des années 2001 et 2002 en Argentine, Nuit Debout est une expression de désobéissance civile face à un gouvernement de plus en plus éloigné de la société. Ce mouvement social rejette la représentation politique, affirme que la politique n’est pas une affaire de professionnels et appelle à la convergence des luttes. Malgré les risques de dérive et de stigmatisation sociale suite à l’infiltration de militants violents, le mouvement maintient sa base pacifiste, revendique une autre démocratie, participative et directe, et attire un public plus varié et divers que ne le laissent penser les stéréotypes le concernant.

Face aux manifestations massives contre la Loi Travail, le gouvernement utilise l’état d’urgene non pas pour combattre le terrorisme, mais pour criminaliser la contestation. Même le gouvernement Sarkozy n’avait pas été aussi loin dans la répression des mouvements sociaux.

L’occupation de l’espace public et l’horizontalité, typiques des formes militantes de l’époque actuelle, sont présentes dans toutes les luttes contre la mondialisation néolibérale de ce début de XXIème siècle. Il est impossible de prédire jusqu’où se prolongera Nuit Debout. Chaque mouvement social construit son expérience, son apprentissage collectif, en cherchant à tracer son propre chemin. Dans le meilleur des cas, cela pourra se transformer en une sorte de Podemos à la française, et dans le pire, cela se dissoudra comme les manifestations de New York. Il est peu probable que Nuit Debout finisse, comme ce fut le cas avec les assemblées de quartiers en Argentine, par intégrer et rajeunir un vieux parti politique.

Mais même ainsi, Nuit Debout est une bouffée d’air frais dans une société traversée par un profond ras-le-bol politique et social, et illustre, dans sa diversité, la rébellion et le rejet de l’état d’exception, la lutte pour la réappropriation des libertés civiles et l’affirmation des droits fondamentaux.

Traduction de Julien pour GAZETTE DEBOUT

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22 juin 2016
revue de presse
#nuitdebout, #revuedepressedebout, presse étrangère
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3 thoughts on “Nuit Debout vue dans la presse Argentine”
plouckistanais
22 juin 2016 at 11 h 05 min
Bonjour les debout, plus que jamais debout.. Si en France, les merdias se comportaient de façon éthique, nous aurions des papiers de la même teneur que ce que je viens de lire.. Nul (média) n’est prophète en son pays.. De toute manière, les Argentins savent bien ce qu’est dictature, résistance, corruption, canaille politicienne aliénée et achetée, et tutti quanti, en veux-tu en voilà.. Mais s’il faut en passer par les fourches caudines des dictateurs et autres forces policières asservies, merci.. On se soulève bien avant que cela nous tombe sur la tronche, car quand c’est en place, pour s’en défaire, ça n’est pas une sinécure.. Alors, sans arme, sans violence, résistance, désobéissance; c’est l’évidence.; « Et cependant, Elle tourne.. » Salutations..
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elements de reponse
22 juin 2016 at 19 h 50 min
Bonjour.. juste une petite remarque pour indiquer que Clarin n est pas vraiment un journal indépendant vu comment ils étaient impliqués à diaboliser le pouvoir antérieur. Ce nouveau gouvernement davantage dans sa lignée politique est certes beaucoup moins critiqué et montre le manque d objectivité de ce quotidien..
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22 juin 2016 at 21 h 30 min
Clarin est le groupe de presse le plus puissant d’Argentine, au point de se comporter comme un parti politique… de droite bien évidemment. Il a porté le président néolibéral actuel au pouvoir – et l’y maintient, malgré un plan économique et sociale pire que celui de la dernière dictature.
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