"Crâne" : est-ce ma dernière nuit ?

 

 

LECTURE : « Crâne » de Patrick Declerck[1]

 

Si vous avez été opéré avec anesthésie générale et encore plus pour enlever une tumeur de votre cerveau, ce livre vous intéressera.

Mais aussi, si vous acceptez d’être pris par ce récit pour insidieusement devenir le patient qui pense à ce qui pourrait être sa dernière nuit et attend de bénéficier «  d’une chirurgie éveillée » tout en n’acceptant pas de rester tétanisé par ce qui lui arrive. 

 

Vous allez découvrir ou ressentir à nouveau, cette attente dans l’étroit vestiaire avant qu’on vous appelle dans la salle aux appareillages rébarbatifs. Vous vivrez

le récit minutieux quasiment minute par minute de ce qui précède et suit une telle opération. Mais ce n’est pas un texte documentaire froid d’un chirurgien ou d’un journaliste médical spécialisé. C’est le vécu d’un patient qui se retouvre le crâne ouvert pour cette opération qui  exige de rester vigilant et actif afin de cartographier les zones actives de son cerveau selon les stimulations électriques qui lui sont envoyées.

C’est l’histoire d’un patient qui est décidé « à tout sauf d’être couché » et qui a l’élégance de refuser que sa femme le voit, peut-être pour la dernière fois, couché !

 

Le court récit se déroule avec l’aisance de l’écriture de Patrick Declerck, avec une légère distance par rapport à lui-même et à ce qui lui arrive, l’humour et la dérision sont sous-jacents. D’observations en constats relatés avec une sorte de cynisme envers lui-même et de causticité envers l’environnement hospitalier de l’opération, le philosophe et anthropologue décrit le vécu de l’antichambre d’une opération lorsque la mort guette. Il dit ce qu’on peut penser pendant les dernières heures avant l’intrusion chirurgicale et après, dans la salle de réveil quand on reprend très vaguement conscience dans un corps et un cerveau qui paraissent désormais étrangers.

 

On ne s’ennuie pas à attendre le réveil surprenant de l’opéré qui n’est plus tout-à-fait lui-même, constate que ce qu’il croit avoir écrit n’est pas ce qu’il croyait, ni dans la langue qu’il voulait maîtriser. Après huit heures d’opération, il est conscient que l’enlèvement, , de la tumeur est un répit qui lui est accordé pour continuer à penser et à écrire.

Il a la rage de vouloir vivre malgré tout, tout en pensant que sa survie, n’est plus tout-à-fait SA vie.  

 

A lire pour mieux comprendre nos fragilités et les regarder en face. C’est impressionnant de sincérité.

 

Joseph Chantraine, le 24 mars 2016

 

[1] Patrick Declerck : « Cräne », Gallimard , février 2016, 148p, auteur aussi des « Naufragés » (thèse sur les sdf après avoir vécu parmi eux leurs difficultés), « Socrate dans la nuit »,  « Démons me turlupinant ».est ce ma dernière nuit ?



Réagir


CAPTCHA