Lettre ouverte à Elie Barnavi

 

historien, diplomate, professeur, israélien.

 

Sur le site www.pupi..fr, « pensée unique, pensée inique », nous nous permettons de nous adresser à vous, Elie Barnavi, à la suite de vos écrits et de vos entretiens en particulier dans le cadre de la promotion de votre livre « 10 thèses sur la guerre » paru chez Flammarion et en réponse à l’interpellation de Luc Rosenzweig du 16 janvier sur

 A PUPI, nous voudrions modestement saluer vos interventions, trop peu connues à nos yeux, dans le contexte israélien actuel et la géopolitique régionale. Nous savons que notre avis n’a guère de poids mais regrettons que votre démarche soit si peu soutenue concrètement. Nous ne prétendons pas non plus ni pouvoir connaître ni adhérer à toutes vos positions, mais voudrions souligner celles qui nous paraissent éclairantes, significatives, potentiellement fructueuses.

 Luc Rosenzwzig défend, après les tueries de Paris, l’intervention, du Premier Ministre israélien Netanyahou dans sa première version (qui était un appel proche d’une injonction à rejoindre Israël si on se sent en insécurité en France), comme dans la version amendée (formulée davantage comme une simple offre d’accueil en Israël). Récemment il a récidivé. Vous remettez les faits en lumière, y compris sur la présence de Netanyahou à la manifestation de Paris, au départ non souhaitée.

Ce n’est pas la première fois qu’une intervention de L. Rosenzweig paraît pour le moins partisane et activement polémique, souvenons-nous de l’affaire Mohammed al-Durah et des attaques contre Charles Enderlin et France 2. En outre, il dit cette fois que vous êtes conduit par votre détestation de Netanyahou : serait-ce interdit ?

D’autres déclarations, (lisibles sur le site plus récentes, manifestent sa proximité avec le gouvernement israélien, en particulier quand il parle des "saloperies médiatiques" de la France à propos du vote parlementaire français en faveur d’une reconnaissance d’un Etat palestinien par l'ONU.

D’abord, PUPI regrette évidemment que l’ONG « la paix maintenant » qui entraîna autrefois des mouvements populaires importants, n’arrive plus, semble-t-il, depuis la deuxième intifada et différentes réactions à Gaza, à surmonter les réflexes sécuritaires pour faire accepter une vision à plus long terme des relations régionales. 

A PUPI, nous pensons que la politique du gouvernement Netanyahou depuis des années, en particulier par le soutien d’implantations de colonies israéliennes et des interventions à Gaza, ne cherche pas réellement l’apaisement et un accord de paix à long terme.

PUPI a publié des articles portant indirectement sur les problèmes israélo-palestiniens : « Peut-on critiquer le gouvernement israélien sans se faire taxer d'antisémite ? »  (25.08.2013), et « Israël va-t-il se suicider ? »  (11.12.2012 ainsi que le commentaire de Bernard Gondouin). 

PUPI pense également que des votes parlementaires en Europe en faveur de la reconnaissance d’un Etat palestinien sont une avancée qui, sans pouvoir régler les problèmes concrets du futur, constituent une base constructive pour sortir des impasses actuelles. 

A PUPI, nous croyons que vos prises de position ont été et restent pertinentes et que tout conflit doit comporter une réflexion sur « l’après-conflit ».

Compte tenu des limites actuelles que s’assigne le gouvernement des Etats-Unis par rapport aux lobbies de l’électorat juif (American Israël Public Affairs Committee- Aipac), et des évangélistes, c’est sans doute de l’extérieur et de l’Europe en particulier, que peut venir une impulsion pour sortir de l’enlisement actuel.

Comme vous l’avez dit, « Évidemment, un État palestinien viable ne sortira pas de telle ou telle déclaration. Cela se jouera sur le terrain. Une fois que l’État palestinien sera proclamé, il faudra négocier sa mise au monde, ses frontières, sa configuration, son caractère. Mais l’existence même d’un tel État bouleverserait la nature des négociations qui impliqueraient non plus une autorité improbable, mais un État reconnu par la communauté internationale. Ipso facto, cela rendrait l’occupation illégale. Elle l’est déjà, mais cela deviendrait évident aux yeux de tous. Israël serait reconnu comme occupant le territoire d’un État souverain. »

Nous croyons aussi que les fossés entre divers groupes palestiniens comme le comportement du gouvernement Netanyahou, incapable de vouloir négocier la paix ainsi que les divergences au sein de la population israélienne sur une vision d’avenir, ne permettent pas une sortie de crise rapide.  

Le gouvernement israélien actuel qui a dans sa coalition le foyer juif de Naftali Bennett et Israel Beytenou d’Avidgor Libermann qui vit dans une colonie, n’est pas en mesure de changer de politique. Il faut en plus comme vous l’avez signalé, souligner l’influence croissante d’un néo-sionisme messianiste, apocalyptique, qui n’est plus marginale au sein de la droite nationaliste religieuse.

Nous partageons l’idée que « l’Occident éclairé » et les démocraties libérales alimentent souvent indirectement des guerres (et vendent volontiers des armes) mais ne se font pas la guerre directement entre elles. Mais la démocratie ne peut s’exporter par les armes quoi qu’en pensent certains leaders d’opinions américains. Si les démocraties libérales respectaient les valeurs qu’elles affichent, des issues pacifiques aux conflits pourraient être concrétisées.

Tout le Moyen-Orient s’enflamme dans un conflit sanglant entre sunnites et chiites. Au-delà des groupes islamistes violents qui émergent, il faut identifier et dénoncer les soutiens de certains Etats, l’aveuglement d’autres, l’apparente neutralité de ceux qui apportent en fait, un soutien à l’un ou l’autre camp.

Sous des prétextes religieux, des sectes cupides et avides de pouvoir attisent la haine, des européens et des américains les laissent faire en pensant peut-être qu’il est préférable de les alimenter en ressources et en armes pour qu’elles s’éliminent les unes, les autres

C’est moralement criminel et politiquement suicidaire, les violences terroristes actuelles le démontrent. Derrière des luttes dans lesquelles sont brandis des arguments religieux, on peut déceler des intentions de galvaniser des foules, dresser des murailles, attiser des passions.

Des trois monothéismes, c'est aujourd'hui le fondamentalisme musulman à portée politique, et potentiellement «révolutionnaire » , qui menace le plus résolument la liberté et la paix.

D'où viennent son influence et son prestige ? Sans doute que l'islamisme violent promet ce qui est en son pouvoir dans sa zone d’influence, sans cesse agrandie, et a les ressources pétrolières pour le concrétiser auprès de populations abandonnées par des Etats défaillants et corrompus.

Elie Barnavi, dont  un de vos importants travaux d'historien a porté sur « nos » guerres de religions, vous aviez rencontré, analysé, un «Hezbollah», un «parti de Dieu», celui des catholiques de la Ligue, à la fin du XVIe siècle. Vous savez donc mieux que personne, ce qu'en ce temps-là, «vérité religieuse »  voulait dire et ce qu'elle comporte de violences, encore maintenant, pour ceux qui ne s'y soumettent pas.

 Nous serions satisfaits, à PUPI, de pouvoir contribuer à relayer vos travaux et réflexions qui sont d’une très grande actualité.

 

 Joseph Chantraine, le 20 février 2015    

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Lire le texte publié par Luc Rosenzweig interpellant E. Barnavi à la suite de la marche du 18 janvier et de la déclaration du Premier Ministre israélien à propos de l’insécurité en France pour les juifs; suite à une réplique du Premier Ministre français, M. Netanyahou modifia légèrement sa déclaration puis revint à la charge. Elie Barnavi dans son texte de réponse qui suit celui de L. Rosenzweig explique sa position.

Joseph Chantraine

« Elie Barnavi est aveuglé par sa détestation de Netanyahou »Une offre d’accueil n’est pas un appel à partir

Publié le 16 janvier 2015 à 13:01 dans Monde Politique 

Pour lire le texte :  causeur.fr  puis taper  dans « « Rechercher dans causeur.fr » le titre de l’article

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« Netanyahou, un tout petit bonhomme »

Réponse d’Elie Barnavi à Luc Rosenzweig

Publié le 17 janvier 2015 à 12:31 dans Monde Politique 

Mots-clés : Benyamin Netanyahou, Israël

« Eh non, cher Luc, je ne suis pas « aveuglé par ma détestation de Netanyahou ». J’estime, comme beaucoup de mes compatriotes, que cet homme nous mène dans le mur. J’ose croire que ce constat, assez banal dans ces parages, ne me rend pas moins « concerné » que toi par « la pérennité » de la nation à laquelle je suis assez passionnément attaché pour y vivre quoiqu’il arrive, comme par le sort de mes frères juifs où qu’ils se trouvent.  …

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