GRANDS PORTS MARITIMES : CHANGER OU NON LA STRUCTURE JURIDIQUE

 

 

Entretien avec M. Valère, chargé de mission à la Préfecture  des Hauts France

 

En mai 18, deux membres de pupi.fr, Michel et François Escoffier ont effectué une mission à Rotterdam pour mieux connaitre le fonctionnement du 4ieme port mondial et premier européen.

Nous avons appris par la suite que le Premier ministre avait chargé trois préfets  (Normandie, Hauts de France et Dordogne) de remettre chacun un rapport sur la gestion des grands ports maritimes (GPM).

Le Préfet des Hauts de France, M. Lalande,  a  conduit une délégation à Rotterdam pour rencontrer les autorités portuaires.

Ci-dessous, l’essentiel de  l’entretien téléphonique que nous avons eu en août, avec  M. Valère chargé de suivre le dossier Grands Ports Maritimes (GPM) à la Préfecture de Région.

 

Q : Nous nous sommes rendus à Rotterdam, nous avons été très étonnés de la répartition du capital (70.8% et 29,2%). Nous avons aussi cherché à connaitre la répartition des sièges au sein du CA. Malgré nos questions à différents  interlocuteurs nous n'avons pas pu obtenir de réponse précise. Avez-vous eu des informations à ce sujet ?

R : Nous avons retenu  70/30 dans l’esprit, sans rentrer dans le détail. Je regarde dans mon CR si j’ai l’information. Nous,  on a trouvé une équipe très professionnelle bien outillée, qui rend compte à son administration de sa stratégie mais je ne pense pas que ce soit le maire ou les représentants de l’Etat qui définissent la stratégie.

A Dunkerque nous avons une gouvernance qui est partagée avec les élus locaux, les industriels. Ce n’est pas la même manière de concevoir  la gestion des ports.

Ce qui a plutôt  attiré notre attention c’est le fait que le port de Rotterdam est très connecté à la Commission Européenne, alors que pour  le port de Dunkerque, il  y a une vraie distance. Je ne pense pas que le port de Dunkerque fasse du lobbying  à  la CE. Il y a aussi un effet de taille et de proximité. A Rotterdam ils ont une approche plutôt mondiale : la Chine, la Russie, les Amériques…


Q : Les directeurs des ports sont nommés  en conseil des ministres. A Anvers, le directeur est nommé par la municipalité.  Quand la mairie est passée des socialistes aux nationalistes, le directeur a été maintenu à son poste.   A  Rotterdam, le directeur  est nommé par la municipalité et l'Etat.
Quand vous nommez un énarque son objectif n'est pas de rester dans un port mais de monter dans la hiérarchie, ce qui se comprend, comme M Le Drian, homme pour lequel j'ai de l'estime.

: Je ne partage pas vraiment votre point de vue,  car ces dirigeants nommés,  donnent le meilleur d'eux-mêmes. Ils ont  vraiment envie d’obtenir des résultats, il y de l'emploi, de l'économie….  Ces personnes sont intéressées à l'objet qu'on leur a donné.

Ils donnent  le meilleur d'eux-mêmes, avec le sens de l'intérêt général.  Ils sont très satisfaits qu’on leur donne de nouvelles responsabilités. Ils  cherchent à monter,  pour y arriver il faut qu’ils  soient performants. Comme pour une élection, le jour J, les candidats doivent avoir convaincus.  En général, ce sont des X des ponts ; ils font carrière  dans le métier, dans les transports et ce sont les plus aptes à convaincre un ministre qui sont choisis. C’est plutôt responsable comme mode de désignation.

 
Q Et s’ils étaient trois à décider  (Etat, Région, Municipalité) de la nomination du directeur, ce ne serait pas mieux ?
Si la candidature ne convient pas aux responsables locaux du port de Dunkerque, elle ne pourra pas être acceptée. On a des gens qui ont le calibre. Le CA est divisé en trois tiers (1/3 L’Etat, 1/3 la Région, 1/3 la Municipalité)  ce n'est pas l’unique bonne  solution. 
A  Rotterdam, depuis des siècles, la richesse, le commerce avec  l’étranger  est ancré dans la mentalité. En Hollande du temps de prévôts, dès le moyen-âge, il y avait un partenariat avec les commerçants, tandis que nous, nous sommes beaucoup plus centralisés depuis longtemps. Chaque système est bon, tous sont construits de manière différente. On n’a pas proposé de changer la gouvernance mais proposé qu’ils travaillent en commun. C’est aux politiques de faire des propositions, pas à nous.

L’Etat assure la coordination, le Conseil régional a déjà un poste au port de Dunkerque, et ce dernier a  un poste au CA de Calais, et Calais est au Conseil de Surveillance de Dunkerque. La concurrence permet d’être attentif, nous cherchons néanmoins à organiser la coopération entre les différents ports du Nord : Dunkerque, Calais et Boulogne.  Il y a  des sujets sur lesquels il faut être en concurrence et d’autres sur lesquels il faut coopérer.  Chacun des ports  doit  faire des efforts de compétitivité.

  

Q Les investissements, qui paie, l’Etat ?

L’Etat,  les entreprises, il faut que tout le monde soit d’accord, l’Etat est l’ensemblier. Arcelor Mittal à Dunkerque a besoin d’une darse,  il demande.  Le grand port de Dunkerque s’organise pour réaliser les travaux ; il gère l’accès aux marchandises, la possibilité d’avoir accès au ferroviaire,  d’avoir accès aux routes, il  prévoit des aménagements,  Il a quelqu'un qui doit faire le lien entre toutes ces activités économiques et, pour moi, c’est l’Etat. C'est l'Etat, car c’est lui qui est responsable de la politique d’aménagement. Aux Pays Bas, dès l’époque médiévale, c’était les marchands, les prévôts qui se chargeaient de tout le commerce national et international.

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R : Les rapports, quand seront–ils publiés ?

Ils seront rendus publics en même temps à l'automne.

 

                                              François Escoffier septembre 2018
 


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