QUEL CHOIX: retour aux 39/40 heures ou diminution de salaires et quelles contreparties

 

 

 

 

Depuis le début de la crise grecque les mesures qui se succèdent dans les 5  pays touchés violemment par la crise ont un objectif inavoué: faire baisser les coûts horaires des ouvriers des employés des cadres aussi, en seront exemptés les employeurs  pour une bonne raison: ils décident eux même de leurs salaires et primes, à condition que l'entreprise survive (1). Si l’entreprise va mal on peut espérer que l’employeur, lui aussi, réduira son salaire, ce qui n'est pas toujours le cas dans les entreprises d'une certaine taille(cas de la Fonderie du Poitou)

 

En Espagne, en Grèce , les réductions des salaires  du secteur privé, les réductions des dépenses de l'Etat (2) trop rapides  entrainent systématiquement la récession. On ne demande qu’à croire le point de vue d’A. Leparmentier dans un article de Monde du 19 septembre 2012  qui voit des signes positifs dans l'accroissement de la productivité pour l’Espagne, l’Italie, le Portugal et l’Irlande.

 

L’inconvénient majeur des politiques de récession avec leur cortège de malheurs de tous ordres: on n'en connait jamais la fin. Elles dureraient un an voir deux au grand maximum, la population accepterait peut-être, mais au delà cette politique ne nous  parait pas acceptable.

 

  On ne sait pas arrêter cette machine Infernale tout en voulant rembourser les dettes. Des économistes espagnols ont déclaré qu’il faudrait 10 ans  au moins pour que le pays s’en remette

Il est très probable que l'administration de la potion espagnole aux salariés français entrainerait au mieux des révoltes au pire une chute du régime en place.

D'après Jacques Sapir, aujourd’hui, les écarts de compétitivité  imposeraient des baisses instantanées des coûts salariaux de l’ordre de 20 % en France, et nettement plus en Espagne et en Italie, sans même parler de la Grèce et du Portugal. En l’absence d’une telle baisse, les pays concernés sont condamnés à voir se creuser leur déficit commercial et à perdre massivement des pans entiers de leurs activités industrielles.

Plutôt que d'être entrainés dans cette spirale infernale dont on ne connait pas la fin,  ne vaudrait il pas mieux diminuer le cout horaire du travail en passant à 39h voir 40h sans augmentation de salaire (3) ?

 La baisse du coût  horaire serait de 12,8 à 14,28%.

 

 Cette mesure n'aurait pas d'impact sur la consommation. Elle devrait en principe si l’on  en croit les employeurs augmenter les ventes en France, en Europe et en  particulier  en  Allemagne. L’Allemagne est encore le premier client de la France (17% des exportations à fin novembre  2012 sur un an) et le premier fournisseur.

 

Quand un exportateur français se bat contre un allemand - ce qui arrive huit fois sur dix, a calculé Lionel Fontagné, professeur d'économie à l'Université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne -, il perd souvent la bataille. La qualité des produits allemands, le service après-vente... font la différence face à un produit français jugé interchangeable et qu'on peut ajouter aussi cher.

Les avis divergent entre économistes : pour Patrick Artus, à ses yeux, le responsable n'est pas tant le coût du travail que l'incapacité des sociétés à imposer leurs prix et à protéger ainsi leurs profits.

Leur spécialisation historique dans des produits de "moyenne gamme" les rend sensibles aux variations de prix, dit-il : lorsque l'euro progresse de 10 %, les ventes reculent de 9 % en France, en Allemagne, elles progressent de 2 %.

Les économistes devraient être d’accord sur un point : quand on a des produits de "moyenne gamme ", la condition essentielle pour vendre, ce n’est pas la seule, c’est d’avoir des prix inférieurs.

 

Il ne faudrait pas croire que ce type de mesure  (réduction du coût du travail) suffira à relancer vigoureusement la croissance (sobre de préférence), il faut également de l’innovation, assurer la qualité, la fiabilité…..ce qui ne se fait pas d’un claquement de doigt

 

 

Si les salariés acceptaient cette augmentation du temps de travail, ce devrait être du donnant donnant. Pour les entreprises de plus de 2500 salaries, le compromis pourrait être : 40h contre cogestion a l'allemande (3).

Pour les entreprises de moins de 2500 personnes un compromis serait à trouver entre les employeurs et les syndicats (entre autre plusieurs sièges au CA pour les entreprises d'une certaine taille).

Il faudrait aussi qu’entreprises et syndicats négocient des règles en cas de retour ou  d’augmentation importante des bénéfices quelle que soit la taille. Les représentants des salariés doivent également pouvoir suivre les prix de cessions internes dans les Stes multinationales (grandes et petites), technique bien connue pour dissimuler les bénéfices.

L'application de cette règle (40h) aux serviteurs de l'Etat entrainerait des sureffectifs   dans plusieurs secteurs. Ce qui devrait permettre d’en réduire le nombre (par des non remplacements) ou d’éviter des embauches.

 

Qu’en pensent les salariés ?  Les salariés seraient prêts

Les salariés sont-ils prêts à faire des concessions pour éviter un plan social dans leur entreprise. Ils sont prêts à se mobiliser et affirment être disposés à des «concessions fortes»: 64 % accepteraient par exemple de renoncer aux 35 heures, 59 % un gel du salaire et 54 % se disent ouverts à des périodes de chômage partiel. Ils sont en revanche moins disposés à baisser - même légèrement - leur salaire, avec 32 % seulement d'avis favorables.

 

Qui a fait faire le sondage par Ipsos, le Figaro ! On peut se douter que l’Humanité n’aurait jamais voulu faire poser ces questions aux salariés Et pourquoi des questions aussi précises posées par le Figaro ne seraient pas pertinentes ? On remarquera que les réponses vont tout fait contre l’austérité puisque les salariés sont dans une large majorité contre une diminution de leur salaire. Réduire le coût horaire sans diminution de salaire, que trouver de mieux dans la période actuelle ?  La diminution de 12 à 14%  du coût horaire de l’heure permettrait à des chômeurs de retrouver du travail (entreprises plus compétitives) et à d’autres de ne pas le perdre. N’est ce pas le minimum de geste de solidarité que peuvent faire ceux qui ont encore du travail ?

 

 

Et le rôle de l’Etat dans la lutte contre le chômage?

Dans un sondage publié dans l'Humanité du14 dec 2012 sur les fermetures d’entreprises: 75% des français sont pour une intervention de l’Etat et des pouvoirs publics pour empêcher les fermetures et les licenciements. Ce n'est pas pour autant qu'ils sont pour les nationalisations (la question n’a pas été posée). Arcelor Mittal n’est il pas revenu à de meilleurs sentiments après l’intervention de l’Etat et le risque de nationalisation. Le Président Obama avait nationalisé GM et le 1er assureur mondial AIG pour les sauver de la faillite, entreprises  revendues récemment, avec bénéfices. Avant de nationaliser GM, le Président Obama avait  fait étudier les conditions de retour à la rentabilité.

 

Pour faciliter l’emploi, l’Etat a aussi un autre devoir: simplifier la législation du travail. Le droit du travail est trop rigide, trop compliqué, ce qui est un frein à l’embauche et à la fluidité nécessaire du marché du travail.

 

Pour éviter la catastrophe, il est urgent d’agir, de trouver des compromis, Le Monde avec AFP du 13  11. 2012 titrait : effondrement de l’emploi salarié au 3ème trimestre en France. Les difficultés s’amoncellent de tous côté : « les banlieues premières victimes de la crise » titre du  Monde du 15 novembre.

Un premier pas a été franchi le 11 janvier 2013. Accord sur la compétitivité entre syndicats de salariés et syndicats des employeurs. Les accords passés vont dans le bons sens: meilleure sécurité pour les  salariés et meilleure fluidité pour les employeurs.

 

                                                François Escoffier    le 12 01 13

 

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“L’Europe, c’est un concours de beauté permanent, et l’Allemagne vient de le gagner”, résume Jean-Paul Fitoussi, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Mais il avertit : “Si nous essayons d’améliorer notre compétitivité de la même manière que l’Allemagne, nous ne le ferons qu’aux dépens d’autres pays européens.” Pour tous, la seule issue à la crise ne peut être que : davantage d’Europe.

 

(1) 3,120 millions de chômeurs officiels en novembre 2012, et 16000 Liquidations Judiciaires  et Redressement Judiciaires  d’entreprises au premier trimestre 2012. On remarquera qu’il est très difficile d'obtenir des chiffres récents sur les défaillances d’entreprise, alors que le nombre de chômeurs dépend du nombre de  défaillances et de créations d’entreprises !

(2) réductions nécessaires, indispensables, à faire sans précipitation pour ne pas réduire la consommation

(3) cogestion pour toutes celles de plus de 2500, et passage aux 39h pour les entreprises en difficulté, retour aux 35heures après 4 à 5 ans,  



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