Je ne veux pas rejoindre le mouvement

Je ne suis pas journaliste pour aller observer et analyser les débuts du mouvement nocturne de « Nuit debout ».

 

Je ne suis pas militant voulant rassembler des mécontents de tous bords qui veulent ébranler « le système », se sentir « forts ensemble » et choisir après ce qu’il faudrait faire.

Comme je l’ai déjà écrit, être « militant », c’est trop souvent réduire une réalité complexe pour rassembler derrière un slogan commun, au nom de la lutte pour une « cause » dont on accepte de dissimuler des aspects trop peu porteurs ou qui ne conviennent pas aux dirigeants de l’appareil.

 

Je suis encore moins disposé à rejoindre ceux qui veulent rassembler d’abord sans autre objectif que de montrer une volonté d’autre chose pourtant hétéroclite (y compris d’autre Constitution, d’autres modes d’élections, « d’autres arguments trop peu élaborés »).

 

Je reste convaincu que la démocratie, chez nous représentative, est la moins mauvaise des méthodes pour agir socialement et politiquement, dans le respect  des sensibilités, des droits, des intérêts divers. Encore faudrait-il qu’en France, on sorte d’un système qui donne trop de pouvoirs à ceux qui constituent une majorité, fusse-t-elle de 50,001 %. ll me paraît nécessaire d’entrer comme de nombreux autres pays européens, dans une culture de concertation sur un programme commun adopté par différents courants de pensées. Pour cela il faut sortir de l’habitude du « tout ou rien » et de l’imposition, par ceux qui sont majoritaires, de leur programme, sans compromis. Il faut introduire aussi une place modeste à des élus sur un mode d’élections proportionnelles.

Au lieu de se battre pour avoir une majorité qui s’impose à tous, pourquoi ne pas se battre pour un programme concerté reflétant des points de vue divers mais limitant évidemment la manifestation ostensible les « égos ».

 

Ceux qui préconisent le pouvoir direct dans la rue semblent oublier que ceux qui se déplacent, ceux qui crient le plus fort, ceux qui ont plus de charisme verbal, ne sont pas nécessairement ni les plus représentatifs de la perception de tous, ni de l’intérêt général. Ni les plus compétents en autre chose qu’en prise de parole publique.

Si on additionne tous ceux qui sont dans la rue et sont sous le regard des médias, quel pourcentage représentent–t-ils de la population française ou même de la population inscrite en vue d’élections ?

 

Ceux qui préconisent un tirage au sort pour désigner des dirigeants doivent clarifier explicitement leur proposition. Je pense qu’un mécanisme complémentaire de désignation de dirigeants par tirage au sort devrait être envisagé pour désigner un lot limité de dirigeants et favoriser une diversité. Mais le problème du contrôle de l’action des dirigeants choisis reste entier, quel que soit leur mode de désignation.

Le tirage au sort d’une partie des dirigeants ne garantit en aucune manière leur honnêteté, leur compétence, leur résistance à toute forme de conflits d’intérêts et de risque de corruption.

 

La réalité complexe devrait inciter à construire des programmes concertés, hybrides reflétant et intègrant davantage des compromis (pas des compromissions !), des points de vue prenant en compte la diversité des intérêts.

Cette construction nécessite d’accepter que tout n’est pas possible d’emblée, ni d’un seul coup, ni en un seul bloc et qu’il faut agir patiemment, dans la durée et la concertation d’intérêts divergents, et non dans l’immédiateté.

Mais je sais, ceci est sans doute un propos de vieux combattant pour des stratégies de concertation, pas dans l’impulsivité et dans l’intuition qui, je le reconnais est pourtant parfois exacte.

 

Joseph Chantraine, le 08 avril 2016.

 



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