SECURITE SOCIALE : BONUS MALUS ?

 

SOLIDARITE   ET RESPONSABILITE

 

Le  SS est en déficit permanent, parmi les nombreuses mesures  qui permettraient de la sauver,  pourquoi ne pas mettre en place un bonus malus ? A ne pas vouloir prendre de décisions qui peuvent être difficiles,  ne risque –t-on pas  de nous retrouver dans la situation de l’hôpital en Grande Bretagne ?

 


Va-t-on continuer la laisser dépérir à petit  feu ?

 

La culture du chiffre ronge l’hôpital britannique

Titre  du  Monde du 18  février 2013. Une culture imposée du haut, qui place au-dessus de toute autre considération le remplissage d'objectifs chiffrés : pas plus de quatre heures d'attente aux urgences ; pas plus de dix-huit semaines d'attente pour commencer le traitement d'un patient à l'hôpital.

Cette politique du chiffre, associée à une baisse des budgets, prime sur tout, y compris sur la qualité des soins.

 

Une enquête sur l'hôpital de Stafford, dans le centre de l'Angleterre révèle qu’entre janvier 2005 et mars 2009, les patients étaient fréquemment délaissés, voire maltraités par des infirmières et des médecins débordés. Il y est question de malades laissés dans des draps couverts d'excréments pendant des heures, d'autres qui n'étaient pas nourris, d'autres encore qui se faisaient crier dessus.

Le rapport estime à 1 200 le nombre de cas de mortalité excessive pour ce seul hôpital.

 

LES PERTES  DE LA SS REDUISENT  L’ACCES AUX SOINS

Les pertes

En 2013 le déficit de la Sécurité Sociale dans son ensemble a atteint 16.2 milliards d’euros dont 7.7 pour la branche maladie. Les autres secteurs : vieillesse, allocations familiales et  fonds solidarité  vieillesse sont aussi déficitaires.

Le déficit baisse par rapport à 2012 mais il représente le DOUBLE des niveaux d’avant crise.

Déficit prévu  2014 : 13 mrds, on peut être à peu près sûr qu’’il sera supérieur. Depuis 2003 les prévisions de déficit ont toujours été inférieures aux réalisations à l’exception de deux années.

C’est bien connu, nos dirigeants, quelle que soit leur couleur, sont volontairement optimistes.

 

Dépenses d’optique, soins dentaires, ils sont nombreux à les différer ou à y  renoncer.

«  Les soins dentaires et les dépenses d'optique sont les premiers touchés par les restrictions budgétaires, selon un sondage IFOP commandé par Groupama ».

Ils sont ainsi 41 % à avoir déjà annulé ou reporté des soins, jugés mal remboursés. Les soins dentaires et les dépenses d'optique étant les premiers touchés par ces restrictions budgétaires.

Voilà ce qui nous attend si nous ne réformons pas la Sécurité Sociale.

 

Certains renoncent  à l’optique, aux soins dentaires; toutes les professions  devront être  responsabilisées.

 

 

Ce  qui n’empêche pas certains d’abuser.

Par ailleurs, on sait que plus le niveau social est élevé plus on dépense pour sa santé, sans compter ceux qui, pour un oui ou pour un non, se précipitent chez le médecin. En fait ce n'est pas tout à fait vrai. Les personnes qui ont moins de revenus dépenseraient autant mais en étant davantage hospitalisées (étude Ministère de l’Emploi) :  résultats à prendre cependant avec prudence d’après les auteurs de l’étude.

 

La responsabilisation du plus grand nombre ne doit pas entrainer la disparition des

laboratoires  de proximité.

 

 

A ce jour, un seul leitmotiv : j'y ai droit. On  ne se pose même pas la question, si la dépense est vraiment nécessaire ou pas : la SS paiera. Ce qui n’est déjà plus vrai pour bon nombre de personnes qui n'ont pas les moyens ou ne sont pas couvertes.....  (lien)

 

ET POURQUOI PAS INSTAURER UN BONUS MALUS

 

Michel  Rocard dans un débat (1) avec Alain Juppé conduit par Bernard Guetta, journaliste au Monde de 78  à 1990  déclare : «…Cette forte exigence de protection sociale, qui n’est pas propre à la France, mais européenne,  pose un problème que je ne veux pas éluder.  Elle a, évidemment, des effets pervers, puisqu’il y a des abus, des gaspillages et des dérives. Je n’aime pas ces mots d’assistance, ou d’assistanat. Je préfère parler de déresponsabilisation ou d’irresponsabilité,  mais,  oui, ces effets   pervers existent…. ».

 

Ne pourrait-on pas responsabiliser chacun d’entre nous ? Pour contribuer à réduire le déficit  de la SS, pourquoi ne mettrions nous pas en place un bonus-malus ?  Car, à ne pas vouloir prendre de décisions efficaces, on va finir par tuer le régime de protection sociale. C'est d’ailleurs ce qui est en train de se faire.

Quelques exemples d’une médecine à deux vitesses: vous voulez un RV rapide avec un grand ponte, si vous passez  par son cabinet privé  le RV sera rapide. Vous avez une mutuelle qui vous coute 100euros par mois (ce que de nombreuses personnes ne peuvent pas se payer) vous serez mieux remboursés pour vos lunettes.

 

Ce  bonus malus serait  généralisé à l'exception des femmes enceintes.  Ce bonus malus devrait rester dans des limites acceptables afin de ne pas décourager les patients. Il serait géré par les employeurs et les syndicats. Sachant que le diable se cache dans les détails, il faudrait prendre le temps d'entreprendre une large consultation pour éviter les effets pervers.

 

Un bonus malus légèrement  progressif  suivant les revenus ? On pourrait avoir une légère progressivité suivant les revenus afin de limiter le malus pour une personne avec un enfant par exemple, qui gagne 1000 € net par mois (sur 12).

 

Et  en cas  de cancer, bonus-malus ?

Et si je suis  atteint d'un cancer, oui je paierai un malus, car cette maladie a besoin d être traitée dans les meilleures conditions. Les patients doivent sentir qu'on ne mégote pas pour tenter de vaincre le mal. On ne choisit pas de tomber  malade et encore moins d’être victime d'un cancer, mais va-t-on regretter de payer plus (dans la limite indiquée) si la médecine fait tout pour nous sauver la vie ?

Si je suis atteint de ce fléau, je serai rassuré d'être pris en charge à 100% par les meilleurs hôpitaux.

 

Il  faudra  être prudent sur  le sujet  car   souvent " cancer  rime avec précarité"  (voir  article   d’A. Bresson de Metro News). La cause la plus importante de la baisse des revenus reste la diminution voire l’arrêt de l’activité. Alors  que des dépenses non prises en charge par la SS vont apparaitre.   

 

Bonus-malus : on demandera « combien ça coûte docteur ? »

A supposer qu'il y ait un bonus-malus, les français qui sont  les plus gros consommateurs de médicaments d'Europe demanderont à leur médecin s'il n'y a pas moyen de réduire le nombre de médicaments prescrits ou de prescrire un ou des médicaments moins chers (génériques sans effets secondaires !). Avant de prendre un rv pour une échographie, une radio etc... nous en demanderons le prix. Autre exemple : savez vous ce que coûte une échographie des reins, et si vous y ajoutez  les autres  organes internes le prix va-t-il doubler ? Non. Vous  poserez donc la question à votre médecin traitant sur l'étendue de votre examen.

 

 

Et  ceux qui touchent  l’ASPA  (*)

Certaines catégories sont particulièrement défavorisés : nombreux sont les vieux qui avec 787€  (ASPA) de retraite  ne se  font pas opérer  de la  hanche, du  canal carpien, ne se  font  pas traiter les dents….

Le bonus malus ne serait pas bête et méchant. La concertation entre employeurs et syndicats devrait y veiller.

 

 

Il y a  de très  nombreuses  autres mesures à prendre pour sauver la SS , mais nous ne passerons  pas à côté de la responsabilisation des patients. Avec un bonus-malus chacun s'informera auprès du médecin, du chirurgien,  du pharmacien du coût, pour ceux qui sont entièrement couverts, les autres s’en préoccupent –on ?

 

François Escoffier  avril 2014

 

(*) Le minimum vieillesse – remplacé par l’Aspa (Allocation de solidarité aux personnes âges) – permet à tous ceux qui ont peu ou pas cotisé de bénéficier d’un minimum retraite.

 

 

 

  1. "La politique telle qu’elle meurt de ne pas être" par Michel Rocard et Alain Juppé, entretien avec B.Guetta, publiépar JC. Lattés

  2.  



Les réactions

Avatar Joseph Chantraine

Ne faudrait-il pas mieux définir d'emblée sur quoi porte le bonus et le malus ?
Par ailleurs, outre la responsabilisation des patients par ce système de bonus-malus, ne faudrait-il pas inciter à plus de solidarité, en mettant en place un système de remboursement dégressif davantage lié aux revenus : plus ces derniers seraient élevés, moins les dépenses de santé seraient remboursées, sachant que les patients les plus aisés pourront plus aisément y faire face même s'ils sont moins remboursés.
Si on rétorque que c'est un facteur d'inégalité, il faut rappeler que les inégalités sont déjà graves quand la sécurité sociale est en péril et que les plus démunis ne peuvent (et pourront de moins en moins) accéder à des soins trop coûteux pour eux.
Ne serait-ce pas une piste de réduction du déficit ?

Le 09-10-2014 à 14:32:14

Réagir


CAPTCHA